Screams in the Night

 « Nous ne voyons pas les choses telles qu’elles sont, nous les voyons telles que nous sommes »
Anaïs Nin

Je n’ai pas cherché à faire un reportage sur la prostitution aux Philippines, cette série est une interrogation de l’identité et de l’intime de notre souffrance.

J’ai été ému par ces femmes, j’ai fait le choix de montrer la face cachée de leur existence : une réalité crue, à la fois pour témoigner, mais aussi pour révéler leur courage, leur dignité.

Pour moi, les rencontrer, fut une immersion dans ce que la vie a de plus absolu, d’essentiel, de radical.

Montrer que tout n’est pas blanc, ou noir,

Il y a autre chose.

Et cet autre, m’interpelle.

J’ai laissé s’exprimer la texture des corps et la matière des lieux, la lumière comme un révélateur de l’âme des êtres, des lieux. Des instants cueillis, des bribes de l’éternité de ce quotidien.

Dépouillées du ” faire ” de leur activité, ces femmes se sont retrouvées face à l’éloquence du silence, une mise à nu des conditionnements.

Elles m’ont fait le don de s’exposer.

Dans la vérité du langage spontané de leurs corps, qu’ont-elles à nous dire ?

Quelle est leur relation avec elles-mêmes, leur relation intime avec leur lumière ?

Notre conditionnement moral oppose habituellement l’ombre à la lumière. Mon propos est de les réunir, de me rendre complice de leur complémentarité, passer de la générosité de l’ombre, à la folle tendresse de la lumière.

Et par la lumière, redonner un peu d’air à la paroi intérieur de notre souffrance. Les rencontrer ici pour faire cœur avec elles et leur offrir un autre regard.

                                   Colon Street, Cebu, Philippines, 2017  

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